La fin des repas gratuits à l’école révèle une réalité alarmante en Belgique

13 octobre 2026

© Freepik
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Depuis la rentrée, de nombreux enfants issus de familles précarisées n'ont plus accès aux repas chauds gratuits à l'école. Une enquête de la Ligue des familles et d'École à table révèle une chute importante des inscriptions et des situations alimentaires préoccupantes.

« Certaines mamans ainsi que leurs enfants doivent vivre les 10 derniers jours du mois en mangeant uniquement des tartines. » Ce témoignage d'une direction d'école, recueilli par la Ligue des familles et École à table, illustre les difficultés rencontrées par certaines familles depuis la rentrée scolaire 2026-2027.

Jusqu'à l'année dernière, un dispositif permettait à des écoles accueillant des enfants particulièrement défavorisés de leur proposer gratuitement un repas complet et chaud à midi. Mais sa suppression, décidée par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a profondément modifié la situation.

Pour mesurer les conséquences de cette réforme, les deux associations ont interrogé en septembre les directions des établissements qui bénéficiaient auparavant du dispositif. Au total, 169 écoles ont été retenues dans l'enquête, soit un peu plus de la moitié des écoles sollicitées.

Les résultats font apparaître une diminution estimée à 68 % des inscriptions aux repas scolaires parmi les élèves concernés. Une évolution qui inquiète les associations, mais aussi les équipes éducatives confrontées quotidiennement aux difficultés des familles.

Des repas devenus payants, des familles qui renoncent

Avant la réforme, 429 implantations scolaires bénéficiaient du programme de repas complets gratuits, sains et durables, destiné aux écoles maternelles et primaires les plus défavorisées ainsi qu'à l'enseignement spécialisé.

Le financement spécifique de 21,4 millions d'euros a été supprimé. En parallèle, le gouvernement a augmenté certaines enveloppes de fonctionnement destinées aux établissements, mais celles-ci doivent répondre à d'autres besoins et sont réparties entre davantage d'écoles.

Face à cette nouvelle situation, les directions ont dû faire des choix. Selon l'enquête, 24 % des écoles répondantes ont arrêté leur service de repas chauds. Parmi celles qui ont conservé des repas complets, 92 % les proposent désormais à un tarif payant.

Pour les familles, la dépense peut représenter entre 54 et 78 euros par mois et par enfant en moyenne, selon le niveau scolaire et le nombre de repas proposés chaque semaine. Une somme qui peut rapidement devenir difficile à assumer, notamment lorsque plusieurs enfants fréquentent l'école.

La conséquence se retrouve dans les inscriptions. Dans les établissements ayant maintenu les repas en les rendant payants, leur nombre a chuté d'environ 60 %. En tenant compte des écoles qui ont complètement abandonné le service, l'enquête estime la diminution globale de l'accès aux repas à près de 70 %.

Certaines directions décrivent des situations particulièrement marquantes. L'une d'elles indique être passée de 160 repas chauds servis l'année précédente à seulement 18 repas payants. Une autre explique ne plus avoir que quatre commandes de repas en maternelle, alors qu'une grande partie des enfants en bénéficiait lorsqu'ils étaient gratuits.

Des enfants arrivent à l'école sans avoir mangé

Au-delà des chiffres, l'enquête met en évidence des difficultés alimentaires qui préoccupent les équipes éducatives.

Depuis la rentrée, 52 % des directions ayant répondu à cette question signalent que des enfants sont arrivés à l'école le ventre vide le matin. À midi, 78 % des établissements répondants déclarent avoir constaté des problèmes liés à l'alimentation des élèves.

Plus précisément, 46 % des écoles signalent des enfants qui n'ont pas suffisamment à manger pour leur repas de midi et 43 % indiquent avoir observé des élèves sans aucune nourriture.

Les témoignages recueillis donnent une dimension concrète à ces constats. Une direction explique que, pour certains enfants, le repas scolaire constituait le seul véritable repas complet de la journée.

Une autre rapporte les paroles d'un enfant : « Madame, tu peux me donner un repas chaud ? » Un témoignage que la personne interrogée dit avoir vécu avec beaucoup d'émotion.

Une étude contestée par la ministre de l'Éducation

Ces résultats ont fait l'objet d'échanges au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mercredi 7 octobre.

Interrogée sur l'enquête, la ministre de l'Éducation, Valérie Glatigny, a indiqué en avoir pris connaissance, tout en refusant d'en confirmer les conclusions. « Ne connaissant pas la méthodologie de cette étude, je ne suis pas en mesure d'en confirmer les résultats », a-t-elle déclaré, selon le communiqué transmis par la Ligue des familles.

Une réponse qui a provoqué la réaction des deux associations. Elles affirment avoir envoyé l'étude au cabinet de la ministre dès sa publication, le 30 septembre, avec les précisions méthodologiques nécessaires.

Le rapport indique notamment que les 169 écoles retenues représentent 51 % des écoles précédemment inscrites au dispositif. Il précise aussi que l'échantillon présente certaines différences de représentation entre réseaux scolaires.

Pour la Ligue des familles et École à table, la réaction ministérielle détourne l'attention des conséquences concrètes de la réforme. « Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. On peut discuter des mesures, de leurs impacts, constater des désaccords. Mais ici, il s'agit juste d'une manière de ne pas répondre sur le fond », dénonce Madeleine Guyot, directrice générale de la Ligue des familles.

Elle estime que les décisions du gouvernement ont privé une grande partie des enfants les plus précarisés de l'accès aux repas scolaires.

Au-delà du débat politique, les résultats de l'enquête posent une question essentielle : comment garantir aux enfants les conditions nécessaires pour apprendre lorsque l'accès à un repas équilibré devient lui-même une difficulté pour leur famille ?

Mise à jour le 09 octobre 2026

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